Dans la plupart des organisations, le reporting financier et extra-financier repose sur des chaînes de données que personne ne pilote de bout en bout. Cette fragmentation est structurelle, liée à la séparation historique entre systèmes sources, outils de consolidation et solutions de publication, dont les responsabilités sont réparties entre Finance, ESG, IT et Communication.
Arnaud Koné, expert en intégration et pilotage de la donnée financière et extra-financière depuis près de vingt ans, était l’invité de notre webinaire du 19 février 2026 : « Reprenez le contrôle de votre reporting financier et ESG : nos conseils pour connecter vos données ». Au programme, sa méthodologie pour remettre de la clarté dans la gouvernance des données financières et ESG.
Sondage : quels défis autour des données financières et ESG ?
En ouverture de séance, les participants ont partagé leurs principales difficultés dans le pilotage de leurs données.
Dispersion des données
Multiplication des outils
Coordination des contributeurs
Compréhension des attentes réglementaires
Identification des acteurs clés
Trois quarts des difficultés ne relèvent pas de la compétence des équipes, mais de l’absence de connexion entre les systèmes : outils de gestion intégrée (ERP*), de consolidation financière (EPM*), de reporting extra-financier (ESG*) et de gestion des risques (HSE*) coexistent sans communiquer entre eux. Les données doivent être ressaisies manuellement d’un système à l’autre, au risque d’accumuler les erreurs.
À cela s’ajoute une pression réglementaire croissante : CSRD*, ESEF* et bientôt IFRS 18* exigent des données traçables et cohérentes d’un bout à l’autre de la chaîne.
4 étapes pour reconnecter vos données financières et ESG
Arnaud Koné a accompagné plus d’une centaine de projets, dont une trentaine auprès d’entreprises du CAC 40. Au cours de ces missions, il a formalisé une approche en quatre étapes.
Cartographier les sources de données
La première étape consiste à se demander, pour chaque donnée :
- Comment est-elle produite (système, format, unité) ?
- Qui en est responsable (saisie, export, enrichissement) ?
Ce travail est à réaliser avec les équipes métier concernées afin de comprendre pourquoi chaque donnée existe, à quel besoin elle répond et quelles décisions en dépendent.
À ce stade, il est aussi important d’évaluer le niveau de maturité de l’IT pour envisager d’éventuelles automatisations.
En pratique
Un client obtenait deux chiffres d’affaires différents selon l’outil interrogé. Après analyse, il suffisait d’harmoniser les filtres appliqués pour trouver le même résultat.
Clarifier les rôles autour de la donnée
Arnaud Koné distingue trois profils, qu’il est essentiel de formaliser pour chaque indicateur.
- Les data owners sont responsables de la donnée, savent l'expliquer et la calculer.
- Les data reviewers jouent un double rôle : ils assurent la vérification croisée de la donnée et servent d’interlocuteur alternatif en cas d'absence du data owner. Ce sont souvent les responsables de la publication ou les managers des data owners.
- Les data consumers sont les consommateurs finaux de la données. Leurs besoins déterminent le format final : balisage réglementaire (xBRL) pour le régulateur, PDF ou Excel pour les investisseurs, PowerPoint pour les instances internes... La source de la donnée peut être identique, mais sa présentation finale change selon le destinataire.
En pratique
Dans beaucoup d’organisations, le contributeur qui saisit une donnée d’émission carbone ignore où et comment elle apparaîtra.
Connecter les outils
Cette étape consiste à mettre en place les automatisations et les connexions entre systèmes, que ce soit via une plateforme collaborative (de type Workiva ou EOL) ou, plus simplement, via Excel. À ce stade, Arnaud Koné formule deux recommandations.
- Ne pas tout automatiser : un processus que les contributeurs ne comprennent plus, aussi automatisé soit-il, sera reconstruit à la main quelques mois plus tard.
- Faire transiter la donnée par trois niveaux distincts : la source brute, les retraitements, le format de publication.
En pratique
Dans une organisation, les flux entre l’outil ESG et l’outil de consolidation avaient été automatisés sans documentation claire. Lors d’un changement de responsable, plus personne ne savait expliquer certains retraitements. Les équipes ont recréé un fichier Excel parallèle pour sécuriser les chiffres, doublant ainsi le travail au lieu de le simplifier.
Sécuriser le cycle de publication
La dernière étape est celle qui permet au processus de tenir dans la durée. Elle repose sur quatre leviers.
- Contrôles : des vérifications automatiques détectent les anomalies avant la publication.
- Traçabilité : chaque modification est documentée, pour pouvoir justifier l'origine et l'évolution des données.
- Versionnage : chaque version du document est conservée pour faciliter les comparaisons.
- Historisation : les données des cycles précédents sont archivées pour accélérer la préparation des publications suivantes.
L’objectif est double : réduire la charge de travail à chaque nouveau cycle de reporting, et garantir que l’organisation reste opérationnelle même en cas d’absence d’un contributeur clé.
En pratique
Lors d’une revue par les commissaires aux comptes, l’absence d’archive des versions précédentes complique la justification des écarts. Un système simple de versionnage évite ces frictions.
4 conseils pour structurer vos données de reporting
La structuration du reporting peut démarrer sans budget important ou projet de transformation globale.
Commencez par :
- Identifier les dix donnés les plus importantes de votre reporting, celles qui sont les plus visibles ou les plus difficiles à tracer
- Associer à chacune le nom du contributeur direct, son outil source et le nom de son manager pour disposer d'un backup
- Construire un RACI simplifié pour comprendre le cheminement de chaque donnée jusqu'à la publication
- Documenter trois règles de gestion prioritaires par indicateur : traitement des valeurs nulles, principe de roll-forward entre N et N+1, unité de collecte versus unité de publication
Ces quatre étapes, appliquées à dix indicateurs, suffisent à poser les bases d’un premier cahier des charges, extensible progressivement à l’ensemble du processus.
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*ERP (Enterprise Resource Planning) : logiciel de gestion intégré qui centralise les données opérationnelles et financières d’une entreprise (comptabilité, achats, stocks, RH…).
*EPM (Enterprise Performance Management) : outil de pilotage de la performance qui agrège les données financières pour faciliter la planification, la consolidation et le reporting.
*ESG (Environnement, Social, Gouvernance) : cadre d’analyse qui regroupe les critères extra-financiers utilisés pour évaluer la responsabilité et l’impact d’une entreprise.
*HSE (Hygiène, Sécurité, Environnement) : domaine qui regroupe les politiques et pratiques visant à protéger la santé des collaborateurs et à réduire l’impact environnemental des activités.
*CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) : directive européenne qui encadre la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises (stratégie climat, impacts, risques, plans d’action)
*ESEF (European Single Electronic Format) : format électronique standardisé imposé par l’Union européenne pour la publication des rapports financiers annuels des sociétés cotées, basé sur le langage de balisage XBRL.
*IFRS 18 (International Financial Reporting Standards) : nouvelle norme comptable internationale qui entrera en vigueur en 2027 et réforme la présentation des états financiers, notamment le compte de résultat.