Dispositif conforme, déroulé maîtrisé, résolutions votées : l’Assemblée Générale remplit ses obligations. Comment, demain, peut-elle créer plus de valeur ? C’est autour de cette question que s’est tenu l’Observatoire de l’Assemblée Générale organisé par Labrador Transparency, jeudi 11 décembre 2025.
David Gonner, journaliste, a animé le débat avec Stéphanie de Robert Hautequère (cabinet Almain), Bénédicte Hautefort (Scalens), ainsi que Laurent Rouyrès, Christelle Cassagnau et Carole Ronca pour Labrador Transparency.
Assemblée Générale : un cadre juridique strict
Comme l’a rappelé Stéphanie de Robert Hautequère, l’Assemblée Générale concentre l’ensemble des décisions structurantes de l’entreprise. Son organisation repose sur un obligations juridiques définies par le Code de commerce.
Cadre réglementaire de l’Assemblée Générale
- Tenue dans un lieu physique (avec possibilité d’hybridation)
- Formalisme précis (constitution du bureau, quorum, ouverture de séance, débats, vote des résolutions une par une)
- Capacité des actionnaires de poser des questions en amont ou en séance
- Soumission au vote des décisions clés (gouvernance, rémunérations, comptes, autorisations financières, conventions réglementées).
Si le cadre réglementaire est exigeant, il ouvre néanmoins des espaces pour repenser l’Assemblée Générale comme un moment d’échange et de pédagogie, au-delà du seul respect des obligations.
Chiffres clés de l’Assemblée Générale en France
Scalens a analysé les pratiques d’Assemblée Générale de 1 200 sociétés cotées. Bénédicte Hautefort en a présenté les principaux enseignements.
Les données mettent en lumière un paradoxe : l’engagement des émetteurs comme des actionnaires est réel, pourtant, le format actuel laisse les deux parties partiellement insatisfaites.
78 %
en moyenne
La France affiche l’un des taux de quorum les plus élevés au monde.
1h20
en moyenne
Les formats varient fortement, de 42 minutes à 3h10 selon les entreprises. Une vingtaine de résolutions sont fréquemment votées en fin de séance, en une vingtaine de minutes, soit environ 30 secondes par résolution, sans réel temps d’explication.
17 min
en moyenne
Le discours du dirigeant est souvent la prise de parole publique la plus longue de l’année, pouvant atteindre jusqu’à 42 minutes dans certains cas.
95 %
Ce niveau d’approbation élévé de résolutions reflète davantage une volonté d’engagement et de validation de la part des actionnaires qu’une logique de débat ou de confrontation.
Tendances de l’Assemblée Générale pour 2026
Un pouvoir actionnarial en progression sur les décisions stratégiques
Le rôle des actionnaires continue de s’étendre sur des décisions de plus en plus structurantes.
- Les cessions ou acquisitions d’actifs significatifs sont plus fréquemment soumises au vote ou à la consultation.
- La rémunération des dirigeants, encadrée par la loi Sapin 2, impose un vote contraignant sur les principes et les montants de la rémunération des dirigeants exécutifs (« say on pay »).
- La stratégie climatique et extra-financière est de plus en plus débattue en séance, sous l’effet des attentes des investisseurs et des nouvelles obligations de transparence issues notamment de la CSRD et du renforcement des exigences en matière de reporting climatique et ESG.
Une année de renouvellement des mandats
Avec 26 mandats remis en jeu au sein du CAC 40, les Assemblées Générales de 2026 s’annoncent comme des moments clés de bilan, de projection et de débat sur les équilibres de gouvernance.
Les grands thèmes de débat en Assemblée Générale
Trois sujets concentrent déjà l’attention.
- L’équité sociale s’impose comme un point de tension majeur. L’écart de rémunération au sein du CAC 40 s’est creusé de 10 points en un an. Dix dirigeants ont franchi le ratio de 100, désormais perçu par de nombreux investisseurs comme un signal de risque social.
- L’intelligence artificielle s’installe durablement à l’agenda. En 2025, une question sur six portait sur l’IA, avec parfois jusqu’à dix minutes d’exposé, davantage que pour le climat ou les commissaires aux comptes.
- Le climat reste incontournable. Les entreprises vont souvent au-delà des exigences réglementaires, et le dialogue évolue vers une approche plus opérationnelle.
Vers une Assemblée Générale plus utile
L’Observatoire conclut que l’Assemblée Générale crée de la valeur lorsqu’elle est intégrée à un processus continu d’information et d’échange, et non pensée comme un événement ponctuel.
Cela implique de :
- recentrer le temps réglementaire sur l’essentiel pour en renforcer l’utilité ;
- travailler les contenus avec davantage de pédagogie et de réutilisation dans le temps ;
- piloter l’AG par la donnée, afin de mesurer ce qui est réellement consulté, compris et utilisé.