Les Transparency Awards Ethics & Compliance distinguent chaque année les entreprises qui structurent, déploient et rendent lisibles leurs dispositifs d’éthique et de conformité. Codes de conduite, politiques anticorruption, dispositifs d’alerte, engagements publics : ces outils reposent presque toujours sur un socle affiché de « valeurs », censées guider les comportements et orienter les décisions.
Dans ce contexte, les valeurs occupent une place centrale dans les discours des organisations. C’est précisément ce point qu’a interrogé Marion Genaivre, philosophe et cofondatrice de Thaé, lors de sa prise de parole, en posant une question volontairement provocatrice : les entreprises doivent-elles renoncer à leurs valeurs ?
Qu’est-ce qu’une valeur ?
Pour interroger la pertinence du mot « valeur » en entreprise, Marion Genaivre en revient à sa définition.
Une valeur est une conception intime et structurante de l’être humain et du vivre-ensemble. Elle se construit à la croisée d’une histoire personnelle et d’un contexte social. Elle sert de repère, oriente les choix et participe à l’identité de celui qui la porte.
En s’appuyant sur le philosophe pragmatiste John Dewey, elle rappelle qu’une valeur est « ce à quoi on tient et ce par quoi on tient ». De ce point de vue, parler de valeurs d’entreprise relève selon elle d’un abus de langage. Les entreprises peuvent fixer des principes d’action, des règles du jeu ou des objectifs de travail, mais revendiquer des valeurs les engage sur un terrain intime où elles ne peuvent ni ne doivent se positionner.
Quand les « valeurs » n’en sont pas
Innovation, esprit d’équipe, excellence, agilité, service client : ces mots fréquemment affichés comme valeurs sont, selon Marion Genaivre, des objectifs, des compétences ou des qualités, mais pas des valeurs au sens philosophique du terme. Peu de collaborateurs se lèvent le matin pour « incarner l’innovation » comme on chercherait à incarner la justice ou la dignité.
Cette confusion explique aussi les conflits de valeurs souvent exprimés par les salariés, lorsque leurs convictions personnelles entrent en tension avec les valeurs affichées par l’entreprise.
Les limites d’une éthique réduite à la conformité
Marion Genaivre rappelle un point essentiel : l’incarnation stricte et continue d’une valeur est presque impossible dans la réalité. Certaines situations imposent même de renoncer ponctuellement à une valeur pour agir de manière juste. Dire la vérité, par exemple, n’est pas toujours moralement souhaitable si elle met en danger autrui.
Réduire l’éthique à l’application des valeurs revient à adopter une éthique déontologique, inspirée de Kant, fondée sur le respect strict du devoir, quelles que soient les circonstances. Or, la vie des organisations relève bien davantage d’une approche aristotélicienne de l’éthique, fondée sur le discernement et l’adaptation aux situations concrètes.
Ainsi, être éthique ne se résume pas à être conforme. Les valeurs sont nécessaires, mais elles ne suffisent pas. L’éthique commence là où l’automatisme s’arrête : dans la capacité à juger, à ajuster et à arbitrer avec responsabilité.
Des entreprises de bonne foi plutôt que des entreprises « à valeurs »
En conclusion, Marion Genaivre ne plaide pas pour un cynisme organisationnel. Elle défend une autre exigence : celle de la bonne foi. Selon elle, les entreprises n’ont pas besoin d’afficher des valeurs, mais d’être honnêtes sur ce qu’elles peuvent faire, sincères sur ce qu’elles veulent faire et capables de se remettre en question sur ce qu’elles doivent faire.
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